{"id":375,"date":"2018-11-15T08:32:00","date_gmt":"2018-11-15T06:32:00","guid":{"rendered":"https:\/\/paradeisos.eu\/?p=375"},"modified":"2024-10-06T08:37:29","modified_gmt":"2024-10-06T06:37:29","slug":"esthetique-du-jardin-paysager-allemand-xviiie-xixe-siecles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/paradeisos.eu\/?p=375","title":{"rendered":"Esth\u00e9tique du jardin paysager allemand XVIIIe &#8211; XIXe si\u00e8cles"},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading\">\u00c0 l\u2019occasion de la sortie du livre sur\u00a0<em>l\u2019Esth\u00e9tique du jardin paysager allemand XVIIIe-XIXe si\u00e8cle<\/em>, un de ses auteurs et membre d\u2019honneur de notre association, Eryck de Rubercy, a eu la gentillesse de r\u00e9pondre\u00a0\u00e0 quelques questions de notre pr\u00e9sident Sylvain Hilaire<\/h5>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"650\" src=\"https:\/\/paradeisos.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/image-71-1024x650.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-376\" style=\"width:622px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/paradeisos.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/image-71-1024x650.png 1024w, https:\/\/paradeisos.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/image-71-300x190.png 300w, https:\/\/paradeisos.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/image-71-768x488.png 768w, https:\/\/paradeisos.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/image-71-1536x975.png 1536w, https:\/\/paradeisos.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/image-71.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;interview<\/h4>\n\n\n\n<p><strong>Bonjour Eryck, merci d\u2019avoir accept\u00e9 de parler de ton dernier livre sur les jardins paysagers allemands, pour nos amis de Paradeisos \u2013 Jardins europ\u00e9ens. Une premi\u00e8re question justement, en lien avec notre association, sachant que tu fais partie de nos membres d\u2019honneurs qui nous ont accompagn\u00e9 d\u00e8s notre cr\u00e9ation : Comment vois-tu notre association ? Comment con\u00e7ois-tu notre r\u00f4le, nos actions, et le d\u00e9veloppement de nos activit\u00e9s ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Plus que pour beaucoup d\u2019autres choses, une association s\u2019impose dans le cas d\u2019un jardin. Son manque d\u2019entretien est toujours synonyme de disparition. Aussi j\u2019aime cette id\u00e9e que ses usagers en soient, jour apr\u00e8s jour, les jardiniers. Tout le monde y prend part. On en saisit \u00e9galement l\u2019importance quand il s\u2019agit de faciliter l\u2019appropriation d\u2019une entit\u00e9 culturelle telle que le jardin de la Maison-Mus\u00e9e de Jean Monnet, rendant ainsi le jardin plus proche, plus pr\u00e9cieux aux yeux de chacun qui y travaille. Et il est admis qu\u2019un jardin exige un rapport actif. Ainsi le jardin se distingue-t-il par l\u2019intervention de ses jardiniers. Le tout en partage et en concertation. Et puis, trop souvent l\u2019on pense que le jardin n\u2019est fait que pour flatter la vue, or ce qui compte c\u2019est le travail effectu\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire le projet partag\u00e9 comme l\u2019est, depuis le d\u00e9part, la construction europ\u00e9enne. L\u2019Europe est un projet commun toujours en train de s\u2019accomplir \u00e0 l\u2019instar d\u2019un jardin. Car, contrairement \u00e0 ce qui se passe pour une \u0153uvre picturale ou litt\u00e9raire, le jardin \u00e9voque toujours son d\u00e9veloppement. Il est modelable. M\u00eame chose pour l\u2019id\u00e9e europ\u00e9enne. En effet, il a fallu du temps pour que le projet de l\u2019Europe se mette en place, comme il faut du temps pour que les plantes se mettent \u00e0 pousser et les arbres \u00e0 grandir. L\u2019id\u00e9e europ\u00e9enne ne cesse d\u2019\u00eatre en marche et un jardin en est la meilleure image. L\u2019on sait aujourd\u2019hui la passion qui liait Jean Monnet autant \u00e0 l\u2019Europe qu\u2019\u00e0 son jardin et il y a des correspondances entre les deux. Que le projet de son jardin soit aujourd\u2019hui un projet partag\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire communautaire est la plus juste illustration de son projet communautaire europ\u00e9en.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Peux-tu nous dire d\u2019o\u00f9 te vient cet int\u00e9r\u00eat pour les jardins ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le jardin s\u2019impose \u00e0 moi comme un fait, comme une \u00e9vidence. Qu\u2019il soit grand ou petit, somptueux ou modeste, utilitaire ou d\u2019agr\u00e9ment. En m\u00eame temps, j\u2019ai toujours consid\u00e9r\u00e9 que la peinture non moins que la litt\u00e9rature, offraient aux jardins comme un suppl\u00e9ment. Certes, la repr\u00e9sentation d\u2019un jardin en un tableau ou la description d\u2019un jardin dans un livre n\u2019en tiennent pas lieu, mais me procurent des \u00e9motions, diff\u00e9rentes mais comparables, \u00e0 tout le moins compl\u00e9mentaires. C\u2019est que les jardins valent \u00e9galement par ce que l\u2019\u00e9crivain en dit et par ce que le peintre ou le po\u00e8te en montre. Je dirai m\u00eame qu\u2019ils r\u00e9clament d\u2019\u00eatre d\u00e9peints ou d\u00e9crits. En ce sens, c\u2019est par la peinture et par la narration ou par la po\u00e9sie que le jardin tire aussi son existence, et cela \u00e0 travers l\u2019infaillible temps qui le soumet au changement. Je ne l\u2019ai jamais autant ressenti sinon v\u00e9rifi\u00e9 qu\u2019\u00e0 partir du moment o\u00f9, transmis par mon p\u00e8re et par mon grand-p\u00e8re, il m\u2019a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 la responsabilit\u00e9 d\u2019un parc con\u00e7u en 1825 par le c\u00e9l\u00e8bre paysagiste Paul de Choulot. De quoi me persuader qu\u2019il ne fallait pas \u00eatre qu\u2019aux seules \u00e9tudes livresques mais vivre au quotidien sur le terrain pour avoir une v\u00e9ritable connaissance de la forme d\u2019espace qu\u2019on appelle jardin, ce que je pr\u00e9f\u00e8re appeler le lieu d\u2019un jardin en r\u00e9f\u00e9rence au \u00ab g\u00e9nie du lieu \u00bb. Le fameux&nbsp;<em>\u00ab genius loci \u00bb<\/em>, si cher \u00e0 Goethe.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"574\" src=\"https:\/\/paradeisos.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/image-72.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-377\" srcset=\"https:\/\/paradeisos.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/image-72.png 1000w, https:\/\/paradeisos.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/image-72-300x172.png 300w, https:\/\/paradeisos.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/image-72-768x441.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>D\u00e8s lors, de quelle fa\u00e7on as-tu approfondi cet int\u00e9r\u00eat pour les jardins ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ma formation universitaire \u00e9tant philosophique, je n\u2019ai jamais oubli\u00e9 que le jeune Ph\u00e8dre, dans le dialogue \u00e9ponyme de Platon, y d\u00e9signe \u00e0 Socrate un arbre au loin, un platane, arbre de la Gr\u00e8ce ancienne s\u2019il en est, et lui dit : \u00ab Ce serait une bonne id\u00e9e d\u2019aller discuter l\u00e0-bas \u00e0 l\u2019ombre \u00bb. Eh bien, c\u2019est dans cette proximit\u00e9 des arbres qu\u2019une attention particuli\u00e8rement approfondie aux arbres s\u2019est instaur\u00e9e en moi. Je m\u2019y suis abandonn\u00e9. Le plaisir que j\u2019en retirais par les yeux et celui que j\u2019en retirais par l\u2019esprit ne faisait plus qu\u2019un. Et c\u2019est d\u2019abord aux po\u00e8tes que j\u2019ai emprunt\u00e9 de quoi \u00e9voquer les arbres. Cela a fini par constituer une promenade anthologique de pr\u00e8s de 500 pages que j\u2019ai publi\u00e9e en 2005 sous le titre <em>Des Po\u00e8tes et des Arbres<\/em>, en \u00e9tant intimement convaincu que le savoir botanique avec ses classements, certes indispensable, ne saurait suffire ; et que, le scientifique ne pouvait comprendre l\u2019arbre sans appeler \u00e0 la rescousse le po\u00e8te. Les arbres constituant les \u00e9l\u00e9ments primordiaux d\u2019un jardin, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 par la suite tent\u00e9, non sans m\u2019assurer la complicit\u00e9 de grands \u00e9crivains, de les d\u00e9crire en leur milieu, l\u00e0 m\u00eame o\u00f9 je vis. Il en a r\u00e9sult\u00e9 La mati\u00e8re des arbres, essai r\u00e9cemment paru dans lequel on peut voir en guise d\u2019illustrations les aquarelles r\u00e9alis\u00e9es sur place par mon grand-p\u00e8re ; toujours mon id\u00e9e de jardin \u00e9tant qu\u2019on ne peut faire l\u2019\u00e9conomie de sa repr\u00e9sentation descriptive par le peintre ou par l\u2019\u00e9crivain. Bien au contraire ! Si donc le jardin fraye avec la litt\u00e9rature, et Chateaubriand et Goethe en sont de beaux exemples, Monet, Renoir, Caillebotte ou Vuillard voyaient, eux aussi, leur jardin. Et \u00f4 combien en Allemagne Emil Nolde dont le paradis verdoyant de sa maison \u00e0 Seeb\u00fcll, pr\u00e8s de la mer du Nord, est une merveille !<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alors comment est n\u00e9 ce projet d\u2019ouvrage sur l\u2019Esth\u00e9tique du jardin paysager allemand que tu viens de faire para\u00eetre ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mon projet de consacrer un livre \u00e0&nbsp;<em>l\u2019Esth\u00e9tique du jardin paysager allemand<\/em>, circonscrite au XVIIIe et au XIX si\u00e8cles, a \u00e9t\u00e9 anticip\u00e9 au d\u00e9part par l\u2019agr\u00e9ment que j\u2019ai eu, durant de nombreuses ann\u00e9es, \u00e0 visiter quantit\u00e9 de parcs et jardins en Allemagne. Leur d\u00e9couverte a m\u00eame \u00e9t\u00e9 l\u2019\u00e9l\u00e9ment moteur de la plupart de mes voyages outre-Rhin. Cela le demeure. Et c\u2019est pour m\u2019en rendre plus sensible la proximit\u00e9 que j\u2019ai tr\u00e8s vite \u00e9prouv\u00e9 le besoin d\u2019en compl\u00e9ter ma connaissance par la lecture de textes qui s\u2019y rapportent. Textes venus petit \u00e0 petit nourrir la perception, que j\u2019avais de ces parcs et jardins, tout en l\u2019enrichissant. Et puis, l\u2019envie d\u2019\u00e9tudier leurs formes s\u2019est transform\u00e9e en l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9crire un livre qui en donne leurs caract\u00e9ristiques, mais c\u2019\u00e9tait avant de savoir de quelle fa\u00e7on j\u2019allais m\u2019y prendre. La seule chose que j\u2019avais alors \u00e0 l\u2019esprit \u00e9tait d\u2019en procurer une description afin de donner au lecteur l\u2019impression de suivre les pas d\u2019un promeneur, comme je l\u2019\u00e9tais moi-m\u00eame. \u00c0 savoir, une description relatant une promenade, pas \u00e0 pas, et qui vous m\u00e8ne successivement d\u2019un endroit \u00e0 l\u2019autre avec une attention pr\u00e9cise aux d\u00e9tails : arbres, bouquets d\u2019arbres, plan d\u2019eau, fabriques, pavillons et ruines, ou \u00e9chapp\u00e9es de vue, rocailles et fontaines\u2026 C\u2019\u00e9tait avant que je ne d\u00e9couvre, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un voyage \u00e0 Berlin, l\u2019\u0153uvre du prince parcomane Hermann von P\u00fcckler-Muskau (1785-1871), \u00e0 travers son parc de Muskau et ses&nbsp;<em>Andeutungen \u00fcber Landschaftg\u00e4rtnerei<\/em>&nbsp;(1834), qui sont des consid\u00e9rations destin\u00e9es \u00e0 ses contemporains profanes qu\u2019il voulait convertir \u00e0 l\u2019art du jardin paysager. Elles me parurent rejoindre \u00e0 ce point mon regard que j\u2019en fis presqu\u2019aussit\u00f4t la traduction parue en 1998 sous le titre <em>Aper\u00e7us sur l\u2019art du jardin paysager<\/em>. Ces \u00ab Aper\u00e7us \u00bb, trait\u00e9s d\u2019un point de vue strictement technique ou pratique, sont en outre assorties dans le livre d\u2019un passage en revue de parcs anglais, parmi les plus c\u00e9l\u00e8bres, qui rassemble des descriptions \u00e9pistolaires \u00e9crites par P\u00fcckler au cours de son voyage en Angleterre, entre 1826 et 1828. C\u2019est en r\u00e9digeant la pr\u00e9sentation de ce livre que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 soudainement persuad\u00e9 qu\u2019un ouvrage sur l\u2019art paysager des parcs allemands, ne pouvait s\u2019en tenir uniquement \u00e0 des descriptions mais devait \u00e9galement aborder le plan de la r\u00e9flexion intellectuelle ainsi que le plan pratique. La r\u00e9partition de l\u2019ouvrage en trois parties \u2013 r\u00e9flexive, descriptive et pratique \u2013 \u00e9tait toute trouv\u00e9e. Je n\u2019avais plus qu\u2019\u00e0 m\u2019y atteler.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"625\" src=\"https:\/\/paradeisos.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/image-73-1024x625.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-378\" srcset=\"https:\/\/paradeisos.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/image-73-1024x625.png 1024w, https:\/\/paradeisos.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/image-73-300x183.png 300w, https:\/\/paradeisos.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/image-73-768x469.png 768w, https:\/\/paradeisos.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/image-73.png 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Muskauer park<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Comment s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e son \u00e9criture, sachant que vous \u00eates plusieurs auteurs ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en ceci que le hasard fait parfois bien les choses car l\u2019ampleur ou plut\u00f4t l\u2019\u00e9normit\u00e9 du projet \u00e9tait tel que je n\u2019avais absolument pas la capacit\u00e9 de m\u2019y lancer seul. Or, voil\u00e0 qu\u2019en 2012, le Prof. Dr. Andreas Beyer, qui \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9poque Directeur du Centre allemand d\u2019histoire de l\u2019art \u00e0 Paris&nbsp;<em>(Deutsches Forum f\u00fcr Kunstgeschichte)<\/em>, me met en contact avec une germaniste, ma\u00eetre de conf\u00e9rences \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Paris 8-Saint-Denis, \u00e0 savoir Marie-Ange Maillet, qui venait de mettre la main \u00e0 la Biblioth\u00e8que Historique de la ville de Paris sur une traduction anonyme datant de 1847 du trait\u00e9 de P\u00fcckler. Traduction dont j\u2019ignorais l\u2019existence au moment de la mienne sans quoi je ne l\u2019aurais pas entreprise. Bien entendu l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9tait de la publier, ce qui, apr\u00e8s ma rencontre avec celle qui \u00e9tait \u00e0 l\u2019origine de cette d\u00e9couverte, fut rendu possible gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019aide du&nbsp;<em>Centre allemand d\u2019histoire de l\u2019art<\/em>. Entre-temps, St\u00e9phanie de Courtois, docteur en histoire de l\u2019art, enseignant \u00e0 l\u2019\u00c9cole nationale sup\u00e9rieure d\u2019architecture de Versailles, \u00e9tait venue se joindre \u00e0 nous pour cette nouvelle \u00e9dition&nbsp;<em>des Aper\u00e7us du jardin paysager<\/em>&nbsp;dans sa version de 1847. Or, d\u00e8s ma premi\u00e8re conversation avec Marie-Ange Maillet, il fut question de la perspective d\u2019un ouvrage g\u00e9n\u00e9ral sur les jardins paysagers allemands. Je tenais l\u00e0 mes auteurs. Et toutes deux souscrivirent d\u2019autant plus passionn\u00e9ment au projet que, du jour o\u00f9 nous commen\u00e7\u00e2mes \u00e0 travailler ensemble pour P\u00fcckler, l\u2019entente fut parfaite. Ensuite, c\u2019est tr\u00e8s naturellement que s\u2019est effectu\u00e9, pour ce qui allait devenir notre&nbsp;<em>Esth\u00e9tique du jardin paysager allemand<\/em>, le partage des t\u00e2ches. Ainsi Marie-Ange Maillet a-t-elle \u00e9t\u00e9 amen\u00e9e \u00e0 prendre en charge la partie r\u00e9flexive, moi-m\u00eame ai-je \u00e9t\u00e9 conduit \u00e0 la partie descriptive et St\u00e9phanie de Courtois \u00e0 la partie pratique. Mais ce qu\u2019il faut bien prendre en compte, c\u2019est que l\u2019un ou l\u2019autre n\u2019avons jamais travaill\u00e9 seul ou simplement que pour soi. Ce qui signifie que rien ne s\u2019est fait sans \u00e9changes ni discussions entre nous, et tout s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 en nous r\u00e9unissant \u00e0 intervalles plut\u00f4t r\u00e9guliers afin de nous entretenir de nos recherches respectives, si bien que le sommaire n\u2019a cess\u00e9 d\u2019augmenter s\u00e9ance apr\u00e8s s\u00e9ance, au fil de nos trouvailles. En somme, une belle et efficace compl\u00e9mentarit\u00e9 ! Au final, l\u2019ouvrage correspond \u00e0 la vue que tous trois portons sur l\u2019art du jardin paysager allemand. L\u00e0 aussi, il s\u2019agit d\u2019un projet commun et partag\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quels sont tes projets et activit\u00e9s \u00e0 venir sur ces sujets ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le projet d\u2019\u00e9crire sur les jardins ne me quitte pas en cela que vivre en permanence dans un parc fait qu\u2019on en sent la forte pr\u00e9sence au quotidien. Ainsi l\u2019\u00e9criture y tient une grande place, bref, joue pour moi un grand r\u00f4le. En effet, au-del\u00e0 du labeur qu\u2019un parc n\u00e9cessite et des soins qu\u2019il exige, je transcris des \u00ab prises de notes \u00bb, \u00e9crites sur le vif, au fur et \u00e0 mesure que j\u2019observe, regarde, contemple la nature. Le regard ne me suffisant pas, l\u2019\u00e9criture m\u2019est d\u00e9cid\u00e9ment d\u2019un pr\u00e9cieux secours. D\u2019ailleurs si j\u2019\u00e9tais peintre, il est probable que je m\u2019adonnerais au tableau paysager. Reste que pour \u00eatre parfois trop impr\u00e9gn\u00e9 du m\u00eame spectacle, il m\u2019arrive de faire voyager mon regard au-del\u00e0 du p\u00e9rim\u00e8tre de chez moi. Et c\u2019est encore dans les jardins allemands qu\u2019il s\u2019y prom\u00e8ne le plus volontiers en n\u2019\u00e9puisant jamais ce qu\u2019on peut y voir. Je gage que mon prochain livre y emm\u00e8nera \u00e0 nouveau ses lecteurs.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ta pointe d\u2019expertise sur l\u2019histoire des jardins paysagers europ\u00e9ens, en particulier dans le domaine allemand, est pour nous tr\u00e8s pr\u00e9cieuse forc\u00e9ment. Elle l\u2019est \u00e0 plusieurs titres d\u2019ailleurs. D\u00e9j\u00e0 parce qu\u2019elle est assez peu r\u00e9pandue, par le fait que l\u2019histoire des jardins allemands est assez mal connue et peu valoris\u00e9e, voire presque d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9e par moment, en rapport aux grandes traditions bien connues du c\u00f4t\u00e9 italien, fran\u00e7ais, ou encore anglais, alors m\u00eame qu\u2019ils ont une place fondamentale dans l\u2019histoire horticole et paysag\u00e8re europ\u00e9enne sur la longue dur\u00e9e. Peux-tu nous en dire plus sur ta lecture g\u00e9n\u00e9rale de cette histoire des jardins-paysages europ\u00e9ens ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est peu dire que les jardins allemands, qu\u2019elle qu\u2019en soit le genre historique, m\u00e9di\u00e9val, Renaissance, baroque, rococo, ou romantique, sont le plus g\u00e9n\u00e9ralement inconnus des Fran\u00e7ais, non moins que leur histoire. C\u2019est justement pour tenter de rem\u00e9dier \u00e0 ce d\u00e9faut d\u2019ignorance qu\u2019existe l\u2019ouvrage de Marie-Ange Maillet, St\u00e9phanie de Courtois et de moi-m\u00eame sur les jardins paysagers en Allemagne. La raison de cette m\u00e9connaissance r\u00e9side certainement dans la longue animosit\u00e9 politique entre les deux pays dont la r\u00e9conciliation, soit dit en passant, est \u00e0 la base de l\u2019id\u00e9e europ\u00e9enne. Mais elle est aussi \u00e0 imputer \u00e0 la grande r\u00e9putation accord\u00e9e aux jardins italiens, fran\u00e7ais et anglais. Car, c\u2019est \u00e0 peine si certains livres, m\u00eame du si\u00e8cle dernier, r\u00e9servent quelques pages aux jardins allemands, et uniquement lorsqu\u2019ils leur trouvent un c\u00f4t\u00e9 italien, fran\u00e7ais ou anglais. Et cela parce que les jardins sont per\u00e7us en leur collant des \u00e9tiquettes nationales, chaque pays exaltant sa propre m\u00e9moire culturelle sur la base de ses jardins historiques. Certes, il est difficile de percevoir la signification de Versailles sans se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019une France centralis\u00e9e et absolutiste. Ce n\u2019est qu\u2019un exemple mais loin d\u2019\u00eatre isol\u00e9. Tout compte fait, je pr\u00e9f\u00e8re tirer profit des intuitions qui se font jour dans la d\u00e9finition d\u2019un parc comme celle que nous donne Jean-Jacques Rousseau dans&nbsp;<em>la Nouvelle H\u00e9lo\u00efse<\/em>&nbsp;: \u00ab Un compos\u00e9 de lieux tr\u00e8s beaux et pittoresques dont les aspects ont \u00e9t\u00e9 choisis en diff\u00e9rents pays, et dont tout para\u00eet naturel except\u00e9 l\u2019assemblage. \u00bb En v\u00e9rit\u00e9, beaucoup de jardiniers allemands, \u00e0 toutes les \u00e9poques, se sont rendus en France, en Angleterre ou en Italie et jusqu\u2019en Russie, de m\u00eame que beaucoup de jardiniers fran\u00e7ais ou anglais sont all\u00e9s en Allemagne, en Espagne ou en Italie. L\u2019\u00e9num\u00e9ration de ces jardinistes, ayant circul\u00e9 partout en Europe pour parfaire leur formation, serait fastidieuse. N\u2019oublions pas que Peter Joseph Lenn\u00e9, l\u2019un des plus fameux paysagistes allemands au service de la cour de Prusse a effectu\u00e9 une partie de son apprentissage au Jardin des Plantes \u00e0 Paris. Et ce n\u2019est qu\u2019un exemple parmi d\u2019autres.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/paradeisos.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/image-74-1024x576.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-379\" srcset=\"https:\/\/paradeisos.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/image-74-1024x576.png 1024w, https:\/\/paradeisos.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/image-74-300x169.png 300w, https:\/\/paradeisos.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/image-74-768x432.png 768w, https:\/\/paradeisos.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/image-74.png 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Une derni\u00e8re question, pour une derni\u00e8re mise en perspective avec notre association : quels conseils et orientations pourrais-tu nous donner, si un jour nous devions d\u00e9velopper nos projets de \u00ab&nbsp;jardin citoyen europ\u00e9en&nbsp;\u00bb en rapport au contexte allemand ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce qui serait le jardin allemand n\u2019existe pas, m\u00eame si le jardin n\u2019est jamais totalement sans attache. En tout cas, selon moi, il y a toujours dans un jardin un centre, \u00e0 savoir un point sans lequel le jardin ne me para\u00eet pas naturel. L\u2019h\u00e9micycle dans le jardin de Jean Monnet me semble tout \u00e0 fait correspondre \u00e0 ce point o\u00f9 l\u2019on peut se poser, discuter, \u00e9couter. Ce qui est tr\u00e8s important car dans les jardins qui ne poss\u00e8dent pas de centre ou qui le n\u2019ont pas trouv\u00e9, les visiteurs ne font que passer, n\u2019y restent pas. Or, c\u2019est aussi de ce point central qu\u2019on peut admirer le jardin dans son ensemble. Et puis, il est symbolique qu\u2019il soit visible de la maison et du centre de conf\u00e9rences, ce qui en gouverne le sens eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019id\u00e9e communautaire de l\u2019Europe. Dans le m\u00eame registre symbolique, j\u2019imagine le jardin de Jean Monnet faire allusion \u00e0 la disparition des fronti\u00e8res europ\u00e9ennes en am\u00e9nageant une bordure ferm\u00e9e par des lignes, la ligne \u00e9tant ce qui marque les fronti\u00e8res des cartes g\u00e9ographiques et une autre dont les limites soient ind\u00e9finies. Enfin, si le jardin peut pratiquement s\u2019envisager d\u2019un seul coup d\u2019\u0153il comme l\u2019on regarderait une carte g\u00e9ographique de l\u2019Europe, le promeneur dans le jardin de Jean Monnet devrait \u00eatre conduit \u00e0 se pencher sur les plantes et leurs \u00e9tiquettes comme il se pencherait sur carte pour y regarder de pr\u00e8s. Le jardin est en soi-m\u00eame une carte. Ceci pour dire que tout jardin requiert un commentaire, \u00e0 tout le moins un accord avec l\u2019id\u00e9e qui y pr\u00e9side. Rien \u00e0 voir avec quelque fantaisie ou go\u00fbt de l\u2019originalit\u00e9. Et je crois qu\u2019il d\u00e9pend avant tout de l\u2019association de bien veiller \u00e0 cette logique europ\u00e9enne du jardin de Jean Monnet et de s\u2019y tenir.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"559\" src=\"https:\/\/paradeisos.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/image-75.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-380\" srcset=\"https:\/\/paradeisos.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/image-75.png 400w, https:\/\/paradeisos.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/image-75-215x300.png 215w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:10px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div style=\"height:10px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p>Lien vers l\u2019editeur\u00a0<a href=\"https:\/\/www.klincksieck.com\/livre\/3462-esthetique-du-jardin-paysager-allemand\">ici<\/a><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:10px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"973\" height=\"813\" src=\"https:\/\/paradeisos.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/image-76.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-381\" srcset=\"https:\/\/paradeisos.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/image-76.png 973w, https:\/\/paradeisos.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/image-76-300x251.png 300w, https:\/\/paradeisos.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/image-76-768x642.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 973px) 100vw, 973px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>De formation philosophique, Eryck de Rubercy a publi\u00e9 avec Dominique Le Buhan\u00a0<em>Douze questions \u00e0 Jean Beaufret \u00e0 propos de Martin Heidegger <\/em>(Univers-Poche, coll. Agora, 2011). Essayiste (<em>Parfums<\/em>, Fata morgana, 2009), critique litt\u00e9raire et traducteur d\u2019allemand (prix Nelly-Sachs 2004), c\u2019est sa relation famili\u00e8re avec la nature dans l\u2019activit\u00e9 de sauvegarde d\u2019un parc paysager qui est \u00e0 l\u2019origine de son anthologie\u00a0<em>Des po\u00e8tes et des arbres<\/em>\u00a0(La Diff\u00e9rence, 2005) ainsi que de son livre\u00a0<em>La mati\u00e8re des arbres <\/em>(Klincksieck, 2018). Il est notamment le traducteur (1998) et l\u2019\u00e9diteur (2015) des\u00a0<em>Aper\u00e7us sur l\u2019art du jardin paysager<\/em>\u00a0(prix historique P. J. Redout\u00e9)\u00a0du prince parcomane Hermann von P\u00fcckler-Muskau, dont il a \u00e9galement traduit la\u00a0<em>Petite revue de parcs anglais<\/em>\u00a0(Klincksieck, 2014). Dernier ouvrage paru\u00a0:\u00a0<em>Esth\u00e9tique du jardin paysager allemand, XVIIIe-XIXe si\u00e8cle<\/em>\u00a0(Klincksieck, 2018), en collaboration avec St\u00e9phanie de Courtois et Marie-Ange Maillet.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 l\u2019occasion de la sortie du livre sur\u00a0l\u2019Esth\u00e9tique du jardin paysager allemand XVIIIe-XIXe si\u00e8cle, un de ses auteurs et membre d\u2019honneur de notre association, Eryck de Rubercy, a eu la gentillesse de r\u00e9pondre\u00a0\u00e0 quelques questions de notre pr\u00e9sident Sylvain Hilaire L&rsquo;interview Bonjour Eryck, merci d\u2019avoir accept\u00e9 de parler de ton dernier livre sur les jardins [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":378,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[13],"tags":[],"class_list":["post-375","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-livres-bibliographie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paradeisos.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/375","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paradeisos.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/paradeisos.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/paradeisos.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/paradeisos.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=375"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/paradeisos.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/375\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":382,"href":"https:\/\/paradeisos.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/375\/revisions\/382"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/paradeisos.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/378"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paradeisos.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=375"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/paradeisos.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=375"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/paradeisos.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=375"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}