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Livre

Esthétique du jardin paysager allemand XVIIIe-XIXe siècle

À l’occasion de la sortie du livre sur l’Esthétique du jardin paysager allemand XVIIIe-XIXe siècle, un de ses auteurs et membre d’honneur de notre association, Eryck de Rubercy, a eu la gentillesse de répondre  à quelques questions de notre président Sylvain Hilaire

Park von Peter Joseph Lenné_Berlin

L’interview

Bonjour Eryck, merci d’avoir accepté de parler de ton dernier livre sur les jardins paysagers allemands, pour nos amis de Paradeisos – Jardins européens. Une première question justement, en lien avec notre association, sachant que tu fais partie de nos membres d’honneurs qui nous ont accompagné dès notre création : Comment vois-tu notre association ? Comment conçois-tu notre rôle, nos actions, et le développement de nos activités ?

Plus que pour beaucoup d’autres choses, une association s’impose dans le cas d’un jardin. Son manque d’entretien est toujours synonyme de disparition. Aussi j’aime cette idée que ses usagers en soient, jour après jour, les jardiniers. Tout le monde y prend part. On en saisit également l’importance quand il s’agit de faciliter l’appropriation d’une entité culturelle telle que le jardin de la Maison-Musée de Jean Monnet, rendant ainsi le jardin plus proche, plus précieux aux yeux de chacun qui y travaille. Et il est admis qu’un jardin exige un rapport actif. Ainsi le jardin se distingue-t-il par l’intervention de ses jardiniers. Le tout en partage et en concertation. Et puis, trop souvent l’on pense que le jardin n’est fait que pour flatter la vue, or ce qui compte c’est le travail effectué, c’est-à-dire le projet partagé comme l’est, depuis le départ, la construction européenne. L’Europe est un projet commun toujours en train de s’accomplir à l’instar d’un jardin. Car, contrairement à ce qui se passe pour une œuvre picturale ou littéraire, le jardin évoque toujours son développement. Il est modelable. Même chose pour l’idée européenne. En effet, il a fallu du temps pour que le projet de l’Europe se mette en place, comme il faut du temps pour que les plantes se mettent à pousser et les arbres à grandir. L’idée européenne ne cesse d’être en marche et un jardin en est la meilleure image. L’on sait aujourd’hui la passion qui liait Jean Monnet autant à l’Europe qu’à son jardin et il y a des correspondances entre les deux. Que le projet de son jardin soit aujourd’hui un projet partagé, c’est-à-dire communautaire est la plus juste illustration de son projet communautaire européen.

Peux-tu nous dire d’où te vient cet intérêt pour les jardins ?

Le jardin s’impose à moi comme un fait, comme une évidence. Qu’il soit grand ou petit, somptueux ou modeste, utilitaire ou d’agrément. En même temps, j’ai toujours considéré que la peinture non moins que la littérature, offraient aux jardins comme un supplément. Certes, la représentation d’un jardin en un tableau ou la description d’un jardin dans un livre n’en tiennent pas lieu, mais me procurent des émotions, différentes mais comparables, à tout le moins complémentaires. C’est que les jardins valent également par ce que l’écrivain en dit et par ce que le peintre ou le poète en montre. Je dirai même qu’ils réclament d’être dépeints ou décrits. En ce sens, c’est par la peinture et par la narration ou par la poésie que le jardin tire aussi son existence, et cela à travers l’infaillible temps qui le soumet au changement. Je ne l’ai jamais autant ressenti sinonviewimage.php vérifié qu’à partir du moment où, transmis par mon père et par mon grand-père, il m’a été donné la responsabilité d’un parc conçu en 1825 par le célèbre paysagiste Paul de Choulot. De quoi me persuader qu’il ne fallait pas être qu’aux seules études livresques mais vivre au quotidien sur le terrain pour avoir une véritable connaissance de la forme d’espace qu’on appelle jardin, ce que je préfère appeler le lieu d’un jardin en référence au « génie du lieu ». Le fameux « genius loci », si cher à Goethe.

Dès lors, de quelle façon as-tu approfondi cet intérêt pour les jardins ?

Ma formation universitaire étant philosophique, je n’ai jamais oublié que le jeune Phèdre, dans le dialogue éponyme de Platon, y désigne à Socrate un arbre au loin, un platane, arbre de la Grèce ancienne s’il en est, et lui dit : « Ce serait une bonne idée d’aller discuter là-bas à l’ombre ». Eh bien, c’est dans cette proximité des arbres qu’une attention particulièrement approfondie aux arbres s’est instaurée en moi. Je m’y suis abandonné. Le plaisir que j’en retirais par les yeux et celui que j’en retirais par l’esprit ne faisait plus qu’un. Et c’est d’abord aux poètes que j’ai emprunté de quoi évoquer les arbres. Cela a fini par constituer une promenade anthologique de près de 500 pages que j’ai publiée en 2005 sous le titre Des Poètes et des Arbres, en étant intimement convaincu que le savoir botanique avec ses classements, certes indispensable, ne saurait suffire ; et que, le scientifique ne pouvait comprendre l’arbre sans appeler à la rescousse le poète. Les arbres constituant les éléments primordiaux d’un jardin, j’ai été par la suite tenté, non sans m’assurer la complicité de grands écrivains, de les décrire en leur milieu, là même où je vis. Il en a résulté La matière des arbres, essai récemment paru dans lequel on peut voir en guise d’illustrations les aquarelles réalisées sur place par mon grand-père ; toujours mon idée de jardin étant qu’on ne peut faire l’économie de sa représentation descriptive par le peintre ou par l’écrivain. Bien au contraire ! Si donc le jardin fraye avec la littérature, et Chateaubriand et Goethe en sont de beaux exemples, Monet, Renoir, Caillebotte ou Vuillard voyaient, eux aussi, leur jardin. Et ô combien en Allemagne Emil Nolde dont le paradis verdoyant de sa maison à Seebüll, près de la mer du Nord, est une merveille !

Alors comment est né ce projet d’ouvrage sur l’Esthétique du jardin paysager allemand que tu viens de faire paraître ?

Mon projet de consacrer un livre à l’Esthétique du jardin paysager allemand, circonscrite au XVIIIe et au XIX siècles, a été anticipé au départ par l’agrément que j’ai eu, durant de nombreuses années, à visiter quantité de parcs et jardins en Allemagne. Leur découverte a même été l’élément moteur de la plupart de mes voyages outre-Rhin. Cela le demeure. Et c’est pour m’en rendre plus sensible la proximité que j’ai très vite éprouvé le besoin d’en compléter ma connaissance par la lecture de textes qui s’y rapportent. Textes venus petit à petit nourrir la perception, que j’avais de ces parcs et jardins, tout en l’enrichissant. Et puis, l’envie d’étudier leurs formes s’est transformée en l’idée d’écrire un livre qui en donne leurs caractéristiques, mais c’était avant de savoir de quelle façon j’allais m’y prendre. La seule chose que j’avais alors à l’esprit était d’en procurer une description afin de donner au lecteur l’impression de suivre les pas d’un promeneur, comme je l’étais moi-même. À savoir, une description relatant une promenade, pas à pas, et qui vous mène successivement d’un endroit à l’autre avec une attention précise aux détails : arbres, bouquets d’arbres, plan d’eau, fabriques, pavillons et ruines, ou échappées de vue, rocailles et fontaines… C’était avant que je ne découvre, à l’occasion d’un voyage à Berlin, l’œuvre du prince parcomane Hermann von Pückler-Muskau (1785-1871), à travers son parc de Muskau et ses Andeutungen über Landschaftgärtnerei (1834), qui sont des considérations destinées à ses contemporains

Muskauer Park
Muskauer park

profanes qu’il voulait convertir à l’art du jardin paysager. Elles me parurent rejoindre à ce point mon regard que j’en fis presqu’aussitôt la traduction parue en 1998 sous le titre Aperçus sur l’art du jardin paysager. Ces « Aperçus », traités d’un point de vue strictement technique ou pratique, sont en outre assorties dans le livre d’un passage en revue de parcs anglais, parmi les plus célèbres, qui rassemble des descriptions épistolaires écrites par Pückler au cours de son voyage en Angleterre, entre 1826 et 1828. C’est en rédigeant la présentation de ce livre que j’ai été soudainement persuadé qu’un ouvrage sur l’art paysager des parcs allemands, ne pouvait s’en tenir uniquement à des descriptions mais devait également aborder le plan de la réflexion intellectuelle ainsi que le plan pratique. La répartition de l’ouvrage en trois parties – réflexive, descriptive et pratique – était toute trouvée. Je n’avais plus qu’à m’y atteler.

Comment s’est déroulée son écriture, sachant que vous êtes plusieurs auteurs ?

C’est en ceci que le hasard fait parfois bien les choses car l’ampleur ou plutôt l’énormité du projet était tel que je n’avais absolument pas la capacité de m’y lancer seul. Or, voilà qu’en 2012, le Prof. Dr. Andreas Beyer, qui était à l’époque Directeur du Centre allemand d’histoire de l’art à Paris (Deutsches Forum für Kunstgeschichte), me met en contact avec une germaniste, maître de conférences à l’université Paris 8-Saint-Denis, à savoir Marie-Ange Maillet, qui venait de mettre la main à la Bibliothèque Historique de la ville de Paris sur une traduction anonyme datant de 1847 du traité de Pückler. Traduction dont j’ignorais l’existence au moment de la mienne sans quoi je ne l’aurais pas entreprise. Bien entendu l’intérêt était de la publier, ce qui, après ma rencontre avec celle qui était à l’origine de cette découverte, fut rendu possible grâce à l’aide du Centre allemand d’histoire de l’art. Entre-temps, Stéphanie de Courtois, docteur en histoire de l’art, enseignant à l’École nationale supérieure d’architecture de Versailles, était venue se joindre à nous pour cette nouvelle édition des Aperçus du jardin paysager dans sa version de 1847. Or, dès ma première conversation avec Marie-Ange Maillet, il fut question de la perspective d’un ouvrage général sur les jardins paysagers allemands. Je tenais là mes auteurs. Et toutes deux souscrivirent d’autant plus passionnément au projet que, du jour où nous commençâmes à travailler ensemble pour Pückler, l’entente fut parfaite. Ensuite, c’est très naturellement que s’est effectué, pour ce qui allait devenir notre Esthétique du jardin paysager allemand, le partage des tâches. Ainsi Marie-Ange Maillet a-t-elle été amenée à prendre en charge la partie réflexive, moi-même ai-je été conduit à la partie descriptive et Stéphanie de Courtois à la partie pratique. Mais ce qu’il faut bien prendre en compte, c’est que l’un ou l’autre n’avons jamais travaillé seul ou simplement que pour soi. Ce qui signifie que rien ne s’est fait sans échanges ni discussions entre nous, et tout s’est déroulé en nous réunissant à intervalles plutôt réguliers afin de nous entretenir de nos recherches respectives, si bien que le sommaire n’a cessé d’augmenter séance après séance, au fil de nos trouvailles. En somme, une belle et efficace complémentarité ! Au final, l’ouvrage correspond à la vue que tous trois portons sur l’art du jardin paysager allemand. Là aussi, il s’agit d’un projet commun et partagé.

Quels sont tes projets et activités à venir sur ces sujets ?

Le projet d’écrire sur les jardins ne me quitte pas en cela que vivre en permanence dans un parc fait qu’on en sent la forte présence au quotidien. Ainsi l’écriture y tient une grande place, bref, joue pour moi un grand rôle. En effet, au-delà du labeur qu’un parc nécessite et des soins qu’il exige, je transcris des « prises de notes », écrites sur le vif, au fur et à mesure que j’observe, regarde, contemple la nature. Le regard ne me suffisant pas, l’écriture m’est décidément d’un précieux secours. D’ailleurs si j’étais peintre, il est probable que je m’adonnerais au tableau paysager. Reste que pour être parfois trop imprégné du même spectacle, il m’arrive de faire voyager mon regard au-delà du périmètre de chez moi. Et c’est encore dans les jardins allemands qu’il s’y promène le plus volontiers en n’épuisant jamais ce qu’on peut y voir. Je gage que mon prochain livre y emmènera à nouveau ses lecteurs.

Ta pointe d’expertise sur l’histoire des jardins paysagers européens, en particulier dans le domaine allemand, est pour nous très précieuse forcément. Elle l’est à plusieurs titres d’ailleurs. Déjà parce qu’elle est assez peu répandue, par le fait que l’histoire des jardins allemands est assez mal connue et peu valorisée, voire presque dépréciée par moment, en rapport aux grandes traditions bien connues du côté italien, français, ou encore anglais, alors même qu’ils ont une place fondamentale dans l’histoire horticole et paysagère européenne sur la longue durée. Peux-tu nous en dire plus sur ta lecture générale de cette histoire des jardins-paysages européens ?

C’est peu dire que les jardins allemands, qu’elle qu’en soit le genre historique, médiéval, Renaissance, baroque, rococo, ou romantique, sont le plus généralement inconnus des Français, non moins que leur histoire. C’est justement pour tenter de remédier à ce défaut d’ignorance qu’existe l’ouvrage de Marie-Ange Maillet, Stéphanie de Courtois et de moi-même sur les jardins paysagers en Allemagne. La raison de cette méconnaissance réside certainement dans la longue animosité politique entre les deux pays dont la réconciliation, soit dit en passant, est à la base de l’idée européenne. Mais elle est aussi à imputer à la grande réputation accordée aux jardins italiens, français et anglais. Car, c’est à peine si certains livres, même du siècle dernier, réservent quelques pages aux jardins allemands, et uniquement lorsqu’ils leur trouvent un côté italien, français ou anglais. Et cela parce que les jardins sont perçus en leur collant des étiquettes nationales, chaque pays exaltant sa propre mémoire culturelle sur la base de ses jardins historiques. Certes, il est difficile de percevoir la signification de Versailles sans se référer à l’idée d’une France centralisée et absolutiste. Ce n’est qu’un exemple mais loin d’être isolé. Tout compte fait, je préfère tirer profit des intuitions qui se font jour dans la définition d’un parc comme celle que nous donne Jean-Jacques Rousseau dans la Nouvelle Héloïse : « Un composé de lieux très beaux et pittoresques dont les aspects ont été choisis en différents pays, et dont tout paraît naturel excepté l’assemblage. » En vérité, beaucoup de jardiniers allemands, à toutes les époques, se sont rendus en France, en Angleterre ou enEnglish Garten_Munich Italie et jusqu’en Russie, de même que beaucoup de jardiniers français ou anglais sont allés en Allemagne, en Espagne ou en Italie. L’énumération de ces jardinistes, ayant circulé partout en Europe pour parfaire leur formation, serait fastidieuse. N’oublions pas que Peter Joseph Lenné, l’un des plus fameux paysagistes allemands au service de la cour de Prusse a effectué une partie de son apprentissage au Jardin des Plantes à Paris. Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Une dernière question, pour une dernière mise en perspective avec notre association : quels conseils et orientations pourrais-tu nous donner, si un jour nous devions développer nos projets de « jardin citoyen européen » en rapport au contexte allemand ?

La référence à ce qui serait le jardin allemand n’existe pas, même si le jardin n’est jamais totalement sans attache. En tout cas, selon moi, il y a toujours dans un jardin un centre, à savoir un point sans lequel le jardin ne me paraît pas naturel. L’hémicycle dans le jardin de Jean Monnet me semble tout à fait correspondre à ce point où l’on peut se poser, discuter, écouter. Ce qui est très important car dans les jardins qui ne possèdent pas de centre ou qui le n’ont pas trouvé, les visiteurs ne font que passer, n’y restent pas. Or, c’est aussi de ce point central qu’on peut admirer le jardin dans son ensemble. Et puis, il est symbolique qu’il soit visible de la maison et du centre de conférences, ce qui en gouverne le sens eu égard à l’idée communautaire de l’Europe. Dans le même registre symbolique, j’imagine le jardin de Jean Monnet faire allusion à la disparition des frontières européennes en aménageant une bordure fermée par des lignes, la ligne étant ce qui marque les frontières des cartes géographiques et une autre dont les limites soient indéfinies. Enfin, si le jardin peut pratiquement s’envisager d’un seul coup d’œil comme l’on regarderait une carte géographique de l’Europe, le promeneur dans le jardin de Jean Monnet devrait être conduit à se pencher sur les plantes et leurs étiquettes comme il se pencherait sur carte pour y regarder de près. Le jardin est en soi-même une carte. Ceci pour dire que tout jardin requiert un commentaire, à tout le moins un accord avec l’idée qui y préside. Rien à voir avec quelque fantaisie ou goût de l’originalité. Et je crois qu’il dépend avant tout de l’association de bien veiller à cette logique européenne du jardin de Jean Monnet et de s’y tenir.

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Lien vers l’editeur ici

portrait02De formation philosophique, Eryck de Rubercy a publié avec Dominique Le Buhan Douze questions à Jean Beaufret à propos de Martin Heidegger(Univers-Poche, coll. Agora, 2011). Essayiste (Parfums, Fata morgana, 2009), critique littéraire et traducteur d’allemand (prix Nelly-Sachs 2004), c’est sa relation familière avec la nature dans l’activité de sauvegarde d’un parc paysager qui est à l’origine de son anthologie Des poètes et des arbres (La Différence, 2005) ainsi que de son livre La matière des arbres(Klincksieck, 2018). Il est notamment le traducteur (1998) et l’éditeur (2015) des Aperçus sur l’art du jardin paysager (prix historique P. J. Redouté)  du prince parcomane Hermann von Pückler-Muskau, dont il a également traduit la Petite revue de parcs anglais (Klincksieck, 2014). Dernier ouvrage paru : Esthétique du jardin paysager allemand, XVIIIe-XIXe siècle (Klincksieck, 2018), en collaboration avec Stéphanie de Courtois et Marie-Ange Maillet.
Divers

MOOC sur les Herbes Folles

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Chers amis Paradeisos, un nouveau MOOC (formation gratuite en ligne) sur les herbes sauvages est ouvert aux inscriptions.

Discrètes bien que nous les croisions quotidiennement, les mauvaises herbes ont une incroyable capacité d’adaptation et une forte tendance à trouver refuge dans le moindre recoin. Qui n’a jamais été surpris de constater avec quelle détermination elles parviennent à jaillir d’un bord de trottoir, d’un mur lézardé, à peupler les parcs, les friches et bien entendu les champs ? Quel jardinier n’a jamais hésité entre arracher ces plantes sauvages qui envahissent son jardin, son potager ou laisser ces maillons de la biodiversité s’épanouir ?

Afin d’apporter une réponse aux questions que vous vous posez à leur sujet, l’Université Paris-Sud et Tela Botanica diffusent un cours de botanique en ligne dédié à ces « mauvaises herbes », qui comme nous le verrons, ne sont peut-être pas si mauvaises…

le lien : ici

paradeisos, Projets Associatif

Témoignage sur la conférence de Sylvain Hilaire à l’Institut Européen des Jardins et des Paysages

Chateau de Benouville et parc

L’Institut Européen des Jardins et des Paysages, basé en Normandie près de Caen, a récemment invité notre Président Sylvain HILAIRE, à présenter ses recherches et diverses expériences liées aux modalités de partage et de médiation autour des patrimoines jardin et paysager.

Le point d’orgue de cette intervention a reposé sur la présentation de Paradeisos – Jardins européens, et sur le projet de « jardin citoyen européen » pour la maison-musée Jean Monnet.

La conférence est en lien sur la chaine Youtube de l’Institut Européen des Jardins et des Paysages :

https://youtu.be/cdZSM_rmKAU

Voici également le témoignage, en forme de journal de voyage, que Sylvain a tenu à nous transmettre :

« Ce voyage du côté de Caen, dans le cadre magnifique du château Bénouville, ouvrage Chateau Benouville 2magistral de l’architecte Claude-Nicolas Ledoux, dans les locaux de l’Institut Européen des Jardins et Paysages, était loin d’être anodin, cela pour plusieurs raisons. Déjà par la qualité des personnes et des lieux hôtes, qui font partie des références scientifiques et
institutionnelles incontournables pour les sujets qui occupent notre jeune initiative Paradeisos – Jardins européens. Une occasion de faire connaître notre existence et nos projets participatifs à plus haut niveau, dans le but d’approfondir et développer nos actions. Ce voyage était très particulier également pour une autre raison, plus personnelle, car il s’agissait pour moi de présenter une synthèse de près de vingt années de recherches, d’enseignements et d’expériences de terrain autour des médiations des patrimoines jardins et paysagers

Après la conférence captivante d’un confrère sur le programme jardin du Val de Loire, dans le vaste périmètre du classement au Patrimoine mondial de l’UNESCO, il m’a donc été donné de présenter dans le détail le sujet proposé : « Jardins, partage et consciences patrimoniales : Les expériences croisées, des jardins de Port-Royal au Jardin citoyen européen de la Maison-musée Jean Monnet ».

Le but était tout d’abord de parler de l’aboutissement de mes recherches doctoralesSans titre autour des jardins et des paysages culturels de Port-Royal des Champs, puis des relectures et mises en perspectives plus générales qu’elles permettaient de poser en rapport à l’histoire européenne des jardins et des paysages. Il s’agissait dans un deuxième temps d’évoquer les expériences de terrain qui se sont développées en parallèle sur le site de Port-Royal des Champs autour des « jardins d’utilité » de la ferme des Granges, grâce aux partenaires associatifs du musée. J’ai pu présenter le rapport-bilan de ces expériences que j’avais rédigé alors pour la Fondation de France, et démontrer la pertinence de ces premières expériences participatives dites des « Jardins patrimoniaux ».

C’est à partir de ces éléments d’inspirations, et de la référence au dossier deSans titre préfiguration réalisé en 2005 au sein de l’Agence Européenne du Management Culturel, que notre initiative Paradeisos – Jardins Européens, a pu être abordée, suscitant un vif intérêt dans l’assistance. L’exercice n’était pas aisé, car synthétiser tant de matières, de contenus, d’années de recherches et d’expériences croisées, tenait un peu du défi. Même si la longueur de l’exposé s’en est ressentie forcément, l’attention et l’intérêt soutenu de l’auditoire en a facilité la restitution. Les questions étaient nombreuses, en particulier du Président de l’Institut, Didier Wirth, pour bien comprendre notre méthode et manière de procéder.

Le passage dans les locaux de l’Institut Européen des Jardins et des Paysages s’est doncSans titre idéalement bien passé, la qualité d’accueil et d’écoute de Didier Wirth et de son équipe, en particulier de Delphine Guioc, y ont été pour beaucoup. Une première rencontre qui augure sûrement d’autres collaborations. Pour commencer, nos supports de communication seront désormais diffusés au sein de cette institution. D’autres projets pour organiser des rencontres européennes autour des jardins sont également en discussion.

Nous avons aussi évoqué la possibilité de préparer une visite organisée sur place pour un groupe de « Paradeisiens » pour le printemps, ou l’été prochain. Avec, au programme, visite de lieux d’exception, entre jardins, bibliothèques et sites historiques… et la mer pas loin ! Une belle occasion à venir pour nos adhérents et nos membres les plus actifs d’explorer plus loin la richesse extraordinaire du patrimoine européen dans ce domaine… De cette belle perspective de sortie organisée nous vous tiendrons informés évidemment !

En attendant, mon séjour en Normandie, cette belle et riche terre de jardins, était loin dedav s’achever au sortir de la conférence. Car j’avais le privilège d’être invité à séjourner dans la demeure de Didier Wirth, au château de Brécy, non loin de Bayeux, au milieu de ses remarquables jardins de stature classique. Un séjour inoubliable à de nombreux titres : hors du temps, mais sans nostalgie, avec la présence sereine d’un patrimoine encore vivant… davune leçon d’histoire pour tous les amoureux des jardins « à la française », où ils s’y expriment surement dans sa pure tradition, c’est-à-dire aussi à l’échelle humaine et du vivant.

Je me suis donc attaché à arpenter et explorer les moindres recoins de ce lieu hors du commun, fruit de la passion et du travail patient de son propriétaire : une vibrante variation d’un Paradeisos d’esprit français classicisant.

Un théâtre d’ombres et de lumières, où les architectures minérales et végétales jouent avec notre regard, nous laissant entrevoir d’autres dimensions du réel.

En cette lumière matinale, le soleil suspendu en plein axe de la grande perspective du jardin, il me semblait voir un autre monde, suspendu dans le temps, déposé là en cette campagne normande.

Du loin, du proche, du dehors, du dedans, je me suis amusé à franchir les portesdav dimensionnelles de cet incomparable jardin, comme Alice au pays des merveilles… car finalement, tout n’est que question d’échelle et d’angle de vue…

La petite allée de buis bien taillée dessinant la géométrie des parterres devient dès lors un ample rideau végétal à hauteur de fourmi.

Certes ces jardins sont conçus pour le regard humain, mais en prêtant bien attention à ses autres dimensions, à d’autres échelles d’espaces et de temps, on y découvre une richesse insoupçonnée : de la géométrie mimétique (mais en quel sens ?) d’une grappe de toiles d’araignées, suspendues sur des univers topiaires infinis, jusqu’aux explosions d’asters entre marches et sculptures de pierres…

Et un peu plus loin, le jaillissement d’une fontaine d’artichauts, qui me rappelle soudaindav celui du jardin Jean Monnet, miraculeusement émergé du premier parterre planté. Ou encore aux confins du parc, la démesure d’une haie taillée rivalisant avec la cime sacrée du clocher…

Après l’exploration de ces univers emmêlés, de l’infiniment grand à l’infiniment petit, le séjour dans le logis fut ensuite à la mesure du jardin, entre temps et espace suspendu, dans la chambre « Saint-Pétersbourg », dédiée à la riche littérature et histoire de l’ancienne Russie. Avec le jardin toujours, qui déploie ses formes et perspectives en toutes directions, dans l’entrebâillement d’une porte, des fenêtres des chambrées, à celles des escaliers ou du salon, tissant des liens secrets entre nos histoires.

Un bien beau séjour, prometteur espérons-le, d’autres occasions de rencontres et collaborations entre les membres de notre association avec l’Institut européen des Jardins et des Paysages.

Poésie

le jardin en poèmes – 4. Jardin des mille et une nuits

Dans le cadre de notre démarche pour valoriser et partager avec le plus grand nombre l’exploration de l’héritage culturel par les jardins et les paysages, nous vous proposons divers textes et poèmes sur les jardins. Voici le quatrième, bonne lecture.

4. Jardin des mille et une nuits

Je me promettais bien de ne pas oublier l’avis important qu’elles m’avaient donné, de ne pas ouvrir la porte d’or; mais comme, à cela près, il m’était permis de satisfaire ma curiosité, je pris la première des clefs des autres portes, qui étaient rangées par ordre.
J’ouvris la première porte, et j’entrai dans un jardin fruitier, auquel je crois que dans l’univers il n’y en a point qui soit comparable. Je ne pense pas même que celui que notre religion nous promet après la mort puisse le surpasser. La symétrie, la propreté, la disposition admirable des arbres, l’abondance et la diversité des fruits de mille espèces inconnues, leur fraîcheur, leur beauté, tout ravissait ma vue. Je ne dois pas négliger, madame, de vous faire remarquer que ce jardin délicieux était arrosé d’une manière fort singulière : des rigoles creusées avec art et proportion portaient de l’eau abondamment à la racine des arbres qui en avaient besoin pour pousser leurs premières feuilles et leurs fleurs ; d’autres en portaient moins à ceux dont les fruits étaient déjà noués ; d’autres encore moins à ceux où ils grossissaient; d’autres n’en portaient que ce qu’il en fallait précisément à ceux dont le fruit avait acquis une grosseur convenable et n’attendait plus que la maturité ; mais cette grosseur surpassait de beaucoup celle des fruits ordinaires de nos jardins. Les autres rigoles enfin, qui aboutissaient aux arbres dont le fruit était mûr, n’avaient d’humidité que ce qui était nécessaire pour le conserver dans le même état sans le corrompre. Je ne pouvais me lasser d’examiner et d’admirer un si beau lieu; et je n’en serais jamais sorti, si je n’eusse pas conçu dès lors une plus grande idée des autres choses que je n’avais point vues. J’en sortis l’esprit rempli de ces merveilles ; je fermai la porte, et j’ouvris celle qui suivait.

Au lieu d’un jardin de fruits, j’en trouvai un de fleurs, qui n’était pas moins singulier dans son genre. Il renfermait un parterre spacieux, arrosé non pas avec la même profusion que le précédent, mais avec un plus grand ménagement, pour ne pas fournir plus d’eau que chaque fleur n’en avait besoin. La rose, le jasmin, la violette, le narcisse, l’hyacinthe, l’anémone, la tulipe, la renoncule, l’œillet, le lis et une infinité d’autres plantes qui ne fleurissaient ailleurs qu’en différents temps, se trouvaient là fleuries toutes à la fois ; et rien n’était plus doux que l’air qu’on respirait dans ce jardin.

J’ouvris la troisième porte ; je trouvai une volière très vaste. Elle était pavée de marbre de plusieurs sortes de couleurs, du plus fin, du moins commun. La cage était de santal et de bois d’aloès ; elle renfermait une infinité de rossignols, de chardonnerets, de serins, d’alouettes, et d’autres oiseaux encore plus harmonieux dont je n’avais jamais entendu parler de ma vie. Les vases où étaient leur grain et leur eau étaient de jaspe ou d’agate la plus précieuse. D’ailleurs, cette volière était d’une grande propreté : à voir son étendue, je jugeais qu’il ne fallait pas moins de cent personnes pour la tenir aussi nette qu’elle était; personne toutefois n’y paraissait, non plus que dans les jardins où j’avais été, dans lesquels je n’avais pas remarqué une mauvaise herbe, ni la moindre superfluité qui m’eût blessé la vue. Le soleil était déjà couché, et je me retirai charmé du ramage de cette multitude d’oiseaux qui cherchaient alors à se percher dans l’endroit le plus commode pour jouir du repos de la nuit. Je me rendis à mon appartement, résolu d’ouvrir les autres portes les jours suivants, à l’exception de la centième.

Description d’un pairi-daeza (jardin persan) Les Mille et Une Nuits

 

« Les mille et une Nuits » est un recueil anonyme de contes populaires d’origine persane et indienne du 8ème siècle. Le thème du jardin, dans Les Mille et Une Nuits prend une dimension et une importance toute particulière si l’on songe que dans l’imaginaire arabo-musulman, sa mention, à plus forte raison sa description luxurieuse et luxuriante, ne peut que renvoyer le lecteur à la mention du jardin céleste si abondamment rappelé dans le Coran comme récompense de ceux qui font le bien sur terre.

Divers, paradeisos

Conférence sur les Jardins, partage et consciences patrimoniales : les expériences croisées des jardins de Port-Royal au « Jardin citoyen européen » à l’Institut Européen des Jardins et Paysages

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Le Président de notre association, Sylvain Hilaire tiendra une conférence le 20 Octobre à l’Institut Européen des Jardins et des paysages au château de Bénouville (Calvados) sur les Jardins, partage et consciences patrimoniales : les expériences croisées des jardins de Port-Royal au « Jardin citoyen européen ».

Cette présentation se conçoit comme un essai de synthèse inédit, de divers travaux de recherches et expériences de terrain, menés depuis les années 2000, entre les jardins de Port-Royal, ceux d’hier et d’aujourd’hui, sur cet « autre versant des paysages culturels du Grand Siècle classique » (abordé lors d’une précédente conférence en octobre 2015), et les dernières expérimentations réalisées sur le site de la maison-musée Jean Monnet, sur la propriété du Parlement européen, pour la création participative du premier « Jardin citoyen européen ».
Toutes ces démarches partent du même postulat, qui aborde le jardin comme une entité patrimoniale complexe, un antique espace anthropique présentant une forme d’hybridation culture-nature sans cesse réinvestie et renouvelée, et présentant toujours une capacité d’intermédiation culturelle, sociale et environnementale hyper-agissante. En des termes plus prosaïques, cela revient à dire que le jardin constitue l’un des espaces les plus opérants d’accès à l’Histoire et à la mémoire collective, ainsi qu’aux sociabilités et représentations collectives qui leurs sont attachées. Il constitue à ce titre un espace sociétal matriciel, sorte « d’incubateur des consciences », en particulier patrimoniales, tant sur le plan matériel qu’immatériel, naturel que culturel. Un substrat patrimonial qui se révèle particulièrement structurant et agissant dans le contexte culturel européen.
Les expériences de créations participatives de ces « jardins patrimoniaux » entre Port-Royal et la Maison Monnet cherchent donc à explorer et valoriser ce potentiel insoupçonné du jardin, afin de le mettre en partage avec le plus grand nombre, en particulier sur le plan socio-thérapeutique. Ces jardins sont ainsi conçus comme « troisième lieu culture-nature », espaces d’intermédiations, de rencontres et de convergences, où peuvent se retisser d’autres relations au « génie des lieux », à soi et au monde, d’autres modalités d’échanges, d’inspirations et de créations, d’autres relations au temps et au vivant… Ce qui revient toujours à « cultiver notre jardin », dans toutes ses dimensions.

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Divers

CULTIVONS NOTRE JARDIN – NOUVEAU CYCLE DE DÉBATS D’IDÉES FRANCO-ITALIENS

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32 rencontres franco-italiennes sur l’avenir des villes face à l’urgence environnementale, en partenariat étroit avec les universités et  les plus importants festivals et lieux de débat italiens dans 11 villes, Mantoue, Rome, Bologne, Turin, Ferrare, Naples, Florence, Palerme, Bari, Gênes, Milan.

De l’agriculture urbaine aux jardins partagés, en passant par la revégétalisation des structures et la valorisation des espaces ouverts et interstitiels : aujoud’hui émergent non seulement un rapport plus souple entre ville et nature, mais aussi de nouvelles dynamiques entre centres, périphéries, et campagne.

135 intervenants français et italiens, urbanistes, architectes, paysagistes, biologistes, philosophes, sociologues, artistes, politiques, sont invités par l’Institut français Italie à réfléchir ensemble à l’apport de ces projets en matière de réduction de la pollution, de protection de la biodiversité, d’amélioration du paysage, de la santé, du bien-être, de la cohésion sociale. Ils ont tous une conviction profonde : la nécessité d’inventer un modèle de développent qui tienne compte de l’interaction de l’homme avec la nature.

Parmi les invités :  Gilles Clément, Bruno Latour, Stefano Boeri, Carlo Ratti, Stefano Mancuso, Guillaume Monsaingeon, Emanuele Coccia, Mathieu Pernot, Cyril Dion, Pierre Donadieu, Lucas Harari, Eric Cassar, Nicola Delon.

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Poésie

le jardin en poèmes – 3. Après trois ans

Dans le cadre de notre démarche pour valoriser et partager avec le plus grand nombre l’exploration de l’héritage culturel par les jardins et les paysages, nous vous proposons divers textes et poèmes sur les jardins. Voici le troisième, bonne lecture.

3. Après trois ans

Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu’éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant chaque fleur d’une humide étincelle.

Rien n’a changé. J’ai tout revu : l’humble tonnelle
De vigne folle avec les chaises de rotin…
Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin
Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.

Les roses comme avant palpitent ; comme avant,
Les grands lys orgueilleux se balancent au vent,
Chaque alouette qui va et vient m’est connue.

Même j’ai retrouvé debout la Velléda,
Dont le plâtre s’écaille au bout de l’avenue,
– Grêle, parmi l’odeur fade du réséda.

Paul Verlaine

 

«Après trois ans» tiré du recueil « Poèmes Saturniens » publié en 1866. Paul Verlaine nous apparaît comme un adolescent qui cherche à retrouver les premières sensations amoureuses ou à renouer un dialogue avec celle qui fut son inspiratrice et qu’il a aimé sincèrement. La tonnelle suggère des moments intimes sous sa fraîcheur. Toutefois la statue de Velléda nous rappelle que cet amour n’était pas partagé et que sa muse qui lui avait préféré par convenance un mari de circonstance quelques années plus tôt restera fidèle.