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Je me pique d’amour pour l’ortie !

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L’ortie était vraisemblablement connue depuis l’époque du paléolithique par les tribus de chasseurs-cueilleurs, qui pratiquaient une botanique culinaire et médicinale empirique et « naturelle », l’utilisant quotidiennement lors des récoltes d’herbes sauvages. Elle est ensuite étudiée depuis la Haute Antiquité, comme par les médecins Dioscoride et Galien, qui vantent ses nombreuses vertus médicinales.

La médecine arabe du Moyen-Age a également diffusé sa connaissance dans le monde méditerranéen, notamment par la péninsule ibérique. Le grand médecin Paracelse la recommande encore au XVIème siècle pour les élancements internes. A cette époque elle devient même avec le chanvre un enjeu économique majeur, pour la fabrication du papier, des vêtements, cordages et tissages maritimes. La culture de l’ortie participe donc activement aux grandes découvertes et au développement économique, commercial et colonial de l’Europe à cette époque. Au XIXème siècle, l’Ortie devient même une culture industrielle massive du nord de l’Europe (Irlande, Angleterre, Scandinavie…).

En réalité l’Ortie est connue et consommée dans toute l’Europe depuis le Haut Moyen-Age, principalement par la paysannerie comme légume abordable substitue de l’épinard, mais aussi goûté des grands seigneurs pour ses vertus culinaires et médicinales. L’ortie ira jusqu’à la table du Roi Louis XIV au XVIIème siècle, qui l’appréciait grandement.

L’ortie fut par le fait la « plante secours » pour faire face aux graves crises de famines de l’histoire européenne, depuis l’Antiquité, le Moyen-Age, jusqu’aux première et deuxième guerres mondiales.

Les orties, très courantes, sont habituellement classées parmi les “mauvaises herbes” , les adventices…. En effet, elles sont de nature envahissantes et poussent en particulier autour des habitations, dans les décombres et les fossés.

Et pourtant… Elles me paraissent indispensables :si je me jette non pas dans un champs d’orties (-faut pas pousser mémé dans les orties!-) mais dans la littérature autant médicinale que culinaire, force est de constater l’étendue des possibilités qui s’ouvrent à moi!!

Il existe à travers le monde près d’une trentaine d’espèces d’orties (dont 11 en Europe et 5 en France). Deux retiennent ici notre attention car elles sont les plus courantes et intéressantes du point de vue médicinal. Ces deux espèces sont même considérées comme majeures dans la panoplie du thérapeute « en herbes »!!!

Ces espèces les plus communes sont la Grande ortie- il s’agit d’une vivace de 50 cm à 1m et l’Ortie brûlante- il s’agit d’une annuelle de moins de 50 cm. L’ortie brûlante pique davantage que la grande ortie.

Concernant les 3 autres espèces :

Urtica pilulifera (ortie à pilules, ortie romaine) rencontrée dans le midi et l’ouest de la France,

Urtica membranacea (ortie membraneuse) rencontrée dans le midi méditerranéen,

et Urtica atrovirens rencontrée uniquement en Corse.

Un peu de botanique :

Dénomination latine :

  • Urtica dioica L. (Grande ortie)
  • Urtica urens L. (Ortie brûlante)

ORIGINE DU NOM LATIN

dioica : de di-oikos (grec) : dans deux maisons, faisant allusion aux deux sexes qui sont sur des plantes différentes.

Urtica : de uro (grec) : urere, qui veut dire brûler.

Famille Botanique : Urticaceae

Description et habitat

Ce sont des plantes herbacées vivaces (pour la grande ortie) et annuelles (pour l’ortie brulante) de 40 à 120 cm de haut, à feuilles opposées pétiolées, fortement dentées ou incisées, à stipules libres, de forme elliptique, acuminées, recouvertes de poils urticants et hérissés.

Les fleurs mâles et femelles sont séparées sur le même pied (plantes monoïques) pour l’ortie brûlante ou sur des pieds différents (plantes dioïques) pour la grande ortie.ortie_dioique_003_(planche_identification)

La souche est rampante, les tiges sont robustes, dressées, simples.

Elles poussent dans les terrains riches en azote. Ma mère disait souvent en voyant un champs d’orties « tiens, ça c est la zone de repos des vaches »….

Elles poussent dans toutes les régions tempérées du globe.

La floraison a lieu entre juin et octobre.

Confusions possibles :

avec le lamier blanc (qui ne pique pas)

En réalité, il y a peu de confusions possibles… la caractéristique urticante étant déterminante…

Pourquoi ça pique?

La pointe des poils est raide et conique (scientifiquement trichomes urticants). Elle est fragile comme du verre et se brise lors d’un contact, sécrétant un liquide très irritant. Cette pointe contient à son extrémité une goutte de silice qui permet de pénétrer la peau des animaux qui s’en approchent trop. Qui s’y frotte… s’y pique…!!!

L’ortie développe ses piquants pour se défendre des agresseurs, la densité de piquants augmente chez les plantes broutées ou fauchées. Les orties trouvée en sous-bois, par exemple, ont très peu de piquants (ne sont-elles pas incroyablement intelligentes?…).

Les poils urticants contiennent de l’histamine, de l’acétylcholine et de la sérotonine qui irritent la peau. Cela engendre du prurit, des troubles de la motricité des vaisseaux responsables de l’érythème, un urticaire de contact plus ou moins agressif.

Astuce : très souvent, à proximité se trouve une autre plante tout aussi envahissante au premier regard mais tout aussi utile : le plantain… Prenez une feuille et frottez la zone de démangeaison aussi souvent que nécessaire. La douleur disparaît aussitôt! Magique non?

Parties utilisées :

Feuilles et racines de couleur jaunâtre (avec longs rhizomes ramifiés)

Période de récolte :

pour la cuisine, avant la floraison pour éviter l’amertume, soit avril-mai (selon région)

pour l’utilisation médicinale : les feuilles d’ortie de préférence au printemps, les racines en automne.

conseils cueillettes (pas inutile…) :

Les plus aguerris prendront la plante directement à la main (comme Sylvain…). Personnellement, je prend des gants et cueille les feuilles uniquement. Je prévoie un sac un tissu épais pour la récolte.

petite astuce : le lendemain de pluie, l’ortie pique moins (et inversement s’il fait chaud, très chaud…, l’ortie pique davantage).

Je les passe ensuite dans une bassine d’eau vinaigrée. Le piquant retombe très vite.

Parmi les utilisations possibles, voici quelques propositions :

Utilisation comme fertilisant :

L’ortie permet la fabrication de purin d’ortie, par macération d’orties hachées (attention pas en graine) dans de l’eau pendant 1 à deux semaines à l’abri de la lumière.

Il sert de fongicide (contre le mildiou) par pulvérisation sur le sol, d’insecticide (contre les pucerons et acariens) et d’activateur ou de régulateur de croissance des végétaux (diluer 1 à 2l de purin à 10l d’eau de pluie).

Il faut j’en conviens passer le cap de l’odeur assez forte mais cela vaut le coup!!

Utilisation en cuisine :

Les orties sont très intéressantes en cuisine pour leur qualités nutritionnelles (elles contiennent jusqu’à 20% de leur poids frais en protéines, elles sont très riches en minéraux dont le fer, le calcium et également en vitamine C) mais également pour leur saveur relevée et raffinée.

Il est préférable de les cuire avant de les manger, car la chaleur détruira l’acide formique contenue dans les poils. Et oui l’ortie cuite ne pique plus!

Comment cuisiner l’ortie ?

Pour préserver toutes les qualités nutritionnelles de l’ortie, vous pouvez la consommer crue en smootie, jus à l’extracteur, pesto…

Vous pouvez également faire sécher les feuilles pour les réduire en poudre et les mélanger à du sel : vous obtiendrez un sel aux orties (riche en silice).

C’est simple, les orties peuvent remplacer audacieusement et de manière rafinée toutes les recettes aux épinards.

Soupe d’ortie :

Quand j’étais enfant, ma mère faisait régulièrement le soir de la soupe d’ortie. Elle y mélangeait systématiquement un œuf et je n’appréciais pas du tout l’association et le goût. De fait, pendant longtemps, j’ai fuis cette soupe ;-)!!!

Puis, j’ai trouvé et adapté ma propre recette et retrouvé (enfin trouvé) le goût d’apprécier cette soupe au final 4 étoiles!!!

recette soupe aux orties :

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Ingrédients pour 4 personnes :

  • 400 g de feuilles d’ortie
  • 1 oignon
  • 1 pomme de terre
  • 1 gousse d’ail
  • 1 bouquet garni de thym, romarin, sauge
  • 2 cuillères à soupe d’huile d’olive
  • 1 cuillère à café de cumin moulu, 1 cuillère à café de curcuma
  • Sel, poivre

Réalisation :

Dans une grande casserole, faites chauffer une cuillère à soupe d’huile d’olive. Faites revenir l’oignon coupé en morceaux pendant 2 à 3 minutes.

Ajoutez les feuilles d’orties et faites les suer en mélangeant.

Ajouter la pomme de terre, l’ail, les épices et le bouquet garni. Saler, poivrer

Faites cuire l’ensemble.

Passer le tout au mixeur puis selon qualité du mixeur, filtrez ou non à la passoire (chinois).

Vous pouvez personnaliser en ajoutant une petite goutte d’huile essentielle de romarin (à cinéole) et/ou de la crème de soja (pour l’onctuosité)

servez sans attendre!

bon appétit

Pesto d’ortie :

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Ingrédients :

150g de jeunes feuilles d’ortie, 2 à 3 gousses d’ail, 1 cuillère a soupe d’ huile d’olive, 1 cuillère à soupe de purée de sésame, 70g de noisettes (ou noix) en poudre, jus de citron, sel et poivre.

Réalisation :

Dans un récipient, ajoutez les orties, l’ail, la purée de sésame et l’huile d’olive. Puis mixez.

Ajoutez les noisettes mixées, le sel et le poivre. Puis gouttez. Ajustez l’assaisonnement avec du jus de citron si nécessaire

C’est prêt! vous pouvez l’utilisez immédiatement avec des pâtes par exemple ou le mettre dans un bocal en verre à conserver au frais pendant une dizaine de jours.

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Utilisation comme plante médicinale : UN INDISPENSABLE de la trousse à pharmacie !!!

Feuilles :

composition :

Vitamines : bêta-carotène (pro-A), B9, B5, C, K (attention aux personnes qui prennent des traitement AVK) ;

Minéraux (jusqu’à 20% des parties aériennes) : naturellement riche en fer, calcium, magnésium, potassium et phosphore,Silicium sous forme de silicates partiellement solubles (1 – 4 %), (plus facilement assimilable que la prêle)

Oligo-éléments : fer (Fe), zinc (Zn), manganèse (Mn), sélénium (Se) ;

Flavonoïdes (1 à 2 %)

Propriétés :

Dynamisant :

L’ortie est un tonique général en stimulant le métabolisme avec une action anti-anémique de surcroît.

L’idéal est d’utiliser la forme fraîche sous forme de jus pour préserver les micro-nutriments.

L’ortie est non seulement une excellente source de fer, mais elle aide également à son absorption. De plus, l’ortie favorise la formation de l’hémoglobine.

Diurétique :

élimine l’urée, l’acide urique et les chlorures. Elle entraine une diminution modérée de la pression artérielle (attention donc à l’effet hypotenseur associé)

Lutte contre les douleurs :

Anti-inflammatoire, antalgique (grâce à sa composition en flavonoides, acides-phénols, acide cafféique, coumarine)

arthrite et rhumatismes: en cataplasme, associée à l’argile verte ou

en usage interne : maxi 12g de tisane en infusion par jour (EMEA)

Le jus de feuille fraîche est également intéressant par voie orale ( 15 ml/ jour (ESCOP)

Les plus courageux frotteront l’ortie fraîche en externe sur la zone douloureuse (cela permet une augmentation de l’afflux de sang et diminue les douleurs).

Il est également possible pour la version moins « sauvage », d’appliquer une compresse de jus de la plante fraîche ou de vinaigre d’ortie sur les zones douloureuses.

sphère digestive :

Grâce à sa composition riche en minéraux (jusque 20%), l’ortie participe au système tampon acido-basique en augmentant l’acidité de l’urine, elle stimule l’excrétion des déchets azotés.

L’idéal est d’utiliser la forme fraîche sous forme de jus à l’extracteur pour préserver les micro-nutriments ( 1 verre par jour)

sphère cutanée :

Acné modéré, hyperséborrhée :

L’ortie participe à la diminution de l’acné. pour cela, prendre par voie orale, 250 mg de poudre 3 à 4 fois par jour (au delà de 12 ans)

Toniques capillaires :

et apaisant le cuir chevelu irrité

En utilisant un rinçage au vinaigre de plante à l’ortie. Vous le diluez à raison d’une cuiller à soupe de vinaigre dans 500 ml d’eau.

Cela fera briller les cheveux et les gainera de plus.

Attention car le vinaigre d’ortie a tendance à foncer le cheveux sur un usage au long court

Faire votre vinaigre d’ortie :

Préalablement faire sécher des feuilles d’ortie

Les réduire en poudre au mortier

Préveler 40g de poudre d’ortie, les introduire dans un bocal en verre. Ajouter du vinaigre de plante (cidre par exemple) jusqu’à recouvrir.

Laisser macérer une semaine minimum puis filtrer avec une passoire très fine.

Le vinaigre d’ortie est prêt!

Conservation : 6 à 12 mois

Racines :

Composition :

Lectines, Polysaccharides

Stérols

Lignanes

Céramides et acides gras

Autres composés phénoliques, tanins, scopolétol, dérivés phénylpropaniques

Lignanes

Propriétés :

hypertrophie bénigne de la prostate :

Les racines d’orties participent à soulager la miction en cas de troubles urinaires liés à un adénome prostatique (séchée par voie orale)

Elles sont employées comme diurétique (par leurs stérols, polysaccharides, lectine, acides phénols et lignanes)

Les racines d’orties auraient aurait un mécanisme d’action légèrement hormonale (testostérone-like, par inhibition de l’aromatase) et une activité anti-inflammatoire.

La racine peut être essayée par voie orale (1.5g de poudre 3 à 4 fois par jour (EMA, 2011)

CONTRE-INDICATIONS ET TOXICITÉ

Attention pour les personnes qui prennent des FLUIDIFIANTS SANGUINS ANTAGONISTES DE LA VITAMINE K – l’ortie contient de la vitamine K.

hypotenseur à forte doses

Il existe encore de nombreuses autres possibilités ! Quelles sont vos recettes et exploitations ?

Bibliographie :

http://www.wikiphyto.org/wiki/OHYPERLINK « http://www.wikiphyto.org/wiki/Ortie »rtie
« les plantes médicinales en agrobiologie », Wicki Gerbranda, éditions Pensée sauvage/Terradou, 1991
« le conseil en phytothérapie », éditions le Moniteur, Chantal Ollier, 2011
DIU « phytothérapie, aromathérapie : données actuelles, limites », 2016-2017, Paris Descartes
/www.tela-botanica.org
http://urticamania.over-blog.com/page-1371311.html
https://www.floramedicina.com/ortie-monographie
Materia Medica de Flora Medicina :

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