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Entretien avec Nicole Brès, hortithérapeute

Le « Jardin citoyen européen pour le parc de la Maison-Musée Jean Monnet » repose sur des ateliers citoyens intergénérationnels. Ensemble jeunes et âgés réalisent deux plates-bandes autour de l’hémicycle du jardin.

Il se passe, dans ces moments ensemble, beaucoup plus qu’une simple plantation… Pour animer ces ateliers, Paradeisos a fait appel à une hortithérapeute, Nicole Brès (Nature en ville thérapie) et lui a demandé de présenter ce métier, peu connu en France, et ses activités :

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Qu’est-ce que l’hortithérapie ?

un processus de soin à la personne par sa (re)connection à la nature. Il y a le thérapeute, la personne fragilisée et entre eux le média végétal toujours changeant, vivant. Nous avons tous dans notre ADN un lien avec la terre qui nous donne oxygène et nourriture. Le vivre, le reconnaître et l’exprimer avec ses capacités, aussi minimes soient-elles, nous apporte davantage de santé morale, psychique et sociale.

Comment ?

C’est notre lien avec la Nature qui est visitée pendant les ateliers : dans l’observation de notre environnement, dans la compréhension des écosystèmes, dans la plantation et le soin aux plantes ou dans le Land Art.

2Vivre avec notre corps et notre esprit les cycles de la nature, c’est vivre que chacun à une place et que « rien ne se perd, tout se recycle ». Les végétaux et insectes meurent pour nourrir le sol. S’émerveiller est pour moi l’objectif à atteindre, celui qui ouvre la porte sur la santé au sens de la Salutogenèse.(1)

La Nature est un livre ouvert, un livre vivant et bienveillant qui donne sens à notre propre vie et la replace dans notre vaste monde.

Quand la maladie ou le handicap vous est tombé dessus, il vous déracine de votre quotidien et vous interroge sur le sens de la vie. En soignant le végétal, nous nous soignons et nous nous ancrons dans la réalité, tout simplement, sans matériel sophistiqué et couteux. Autour du végétal, tous les sens sont convoqués et le lien social se fait facilement.

Au jardin c’est le plaisir qui est convoqué et le désir d’essayer. On cherche, on regarde, on rebondit sur les ratés et on se réjouit de ce que l’on a créé. Nous prenons le temps de « faire ensemble », de ressentir et de dire ou d’écrire ce que nous fait cette visite à Dame Nature.

3En collaborant avec la nature, en la reconnaissant vivante et non pas objet de nos désirs, nous la laissons nous apprendre à y prendre de la vie.

Pas facile pour nos esprits cartésiens qui ont peur de s’en remettre à un élément qu’ils ne maîtrisent pas et qui ne se laisse pas enfermer dans des tableaux excel !

Mon métier d’hortithérapeute auprès de têtes qui ne fonctionnent plus « dans la norme » m’a aidé à lâcher prise et à m’aligner sur mes valeurs et mes ressources.

Dans cette pratique, je continue à m’émerveiller des réponses à mes sollicitations, je me nourris des sourires et de l’incroyable vitalité des personnes qui me sont confiées.

Où ?

  • A Simon de Cyrène (Vanves) lien

4Les ateliers ont un cadre fixe qui rassure : la périodicité (hebdomadaire), le jour (lundi), l’heure 10h-11H30 et 14h-15h30), le nombre maximum(5) de soignés par groupe et la présence à mes côtés d’une assistante travaillant dans l’établissement. Les comptes rendus hebdomadaires (texte et photos), envoyés aux responsables, ne sont pas des récits de ce que l’on a fait au jardin mais des observations phénoménologiques sur les soignés. Ils sont le lien entre moi prestataire extérieur et l’équipe. Ils viennent nourrir la prise en charge 24 heure sur 24 qu’assurent les jeunes services civiques, les stagiaires et les salariés de Simon de Cyrène Vanves. J’y mets des questions sur les soignés et des informations sur « ce qui s’est passé au jardin ». En juillet et en décembre une réunion avec l’équipe de direction permet de parler des objectifs et de l’organisation de mes interventions.

Les plus sont l’ouverture sur l’extérieur: des sorties (une par saisons un lundi) et des invités. Ils découvrent le jardin et/ou viennent nous aider ponctuellement (construction de la cabane, arrachage de buissons, montage de la pergola)

  • A l’ESAT (2) Ecodair (Paris) lien

5depuis trois ans déjà, j’emmène un petit groupe de travailleurs avec des handicaps psychiques retrouver la Nature au square Rosa Luxemburg, dans le jardin partagé géré par l’association Vergers Urbains. Là, nous y avons un bout de terrain et plantons des fleurs et des légumes à côté d’autres groupes. Ce jardinage dans un lieu public se fait au contact d’enfants, de curieux, de jeunes qui se promènent, qui viennent voir ce qui pousse et nous poser des questions. Cet atelier type 2 sort les travailleurs des locaux de l’ESAT: ils marchent jusqu’au jardin et ils acceptent de s’exposer à l’inconnu, ce qui n’est pas évident pour eux.

Régulièrement je remplace l’atelier par une balade dans la ville, le plan de Paris en poche et les yeux grands ouverts. Nous cherchons les clins d’œil que la Nature nous fait dans la ville : à chaque coin de rue, à chaque interstice entre deux pavés, dans chaque craquelure de béton, sur les façades des bâtiments. L’un des participants m’a dit récemment : « ce que j’aime c’est qu’on ne fait pas toujours la même chose. » Et un autre : « maintenant je remarque plein de chose quand je marche dans la rue. » Ils vivent le contact avec la terre et les végétaux dans la ville comme un temps d’oxygénation pour le corps et l’esprit.

A la ferme du parc des Chanteraines (Villeneuve la Garenne) lien

6mes ateliers Nature Adaptés (ANA) s’inscrivent dans le schéma départemental de soutien à l’autonomie des personnes âgées et des personnes handicapées. Depuis le début de l’année, ces ateliers complètent l’offre d’atelier jardinage où j’intervenais en binôme avec un jardinnier. Le bilan est très positif pour les 2 groupes accueillis: le CITL (3) Le Castel de Gennevilliers et l’ESAT/CITL Les Voies du Bois de Colombes.

Et last but not the least, mon implication dans Paradeisos-jardins européens.

  • Jardin citoyen européen pour le parc de la Maison-Musée Jean Monnet (Bazoche sur Guyonne)

Nature et Culture…pour une meilleure Santé physique, psychique et sociale !

Rendez-vous le 30 septembre 2018 dans le jardin de la maison Jean Monnet.

(1) « La salutogenèse, Petit guide pour promouvoir la santé. » [De B.Lindström et M.Eriksson. 4ème tirage 2014, Presse universitaire de Laval.] Elle cherche l’origine de la santé en se concentrant sur les facteurs favorisant la santé et le bien-être (physique, mental, social, etc.) et sur les ressources de la personne, plutôt que d’étudier les causes des maladies (pathogenèse).

(2) ESAT : Etablissement et Service d’Aide par le Travail

(3) CITL : Centre d’Initiation au Travail et aux Loisirs

3 réflexions au sujet de “Entretien avec Nicole Brès, hortithérapeute”

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